Force Ouvrière de Côte d'Or

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Discours de Jean-Claude Mailly, XXIe congrès de la CGT-FO le 25 juin 2007 à Lille

Publié le 26 Juin 2007 par UDFO21 in AFOC 21

Mes chers camarades, au nom du bureau confédéral, je vous souhaite la bienvenue au XXIe congrès confédéral de la cgt Force ouvrière, 53e congrès de notre organisation depuis notre création en 1895.

Nous sommes réunis dans cette salle du Palais des congrès de Lille pour discuter du rapport d’activité que vous avez reçu, pour débattre et arrêter les orientations à travers les résolutions que les délégués adopteront et que le congrès votera en séance plénière dans les jours qui viennent.

Nous sommes un peu moins de 3 000 dans cette salle, ce qui fait toujours du congrès de notre organisation celui qui réunit le plus grand nombre de délégués parmi les centrales syndicales.

Je voudrais pour commencer remercier tous les syndicats qui ont mandaté un ou plusieurs camarades pour venir à Lille. Le congrès, vous le savez tous, c’est le congrès des syndicats et c’est important que tous les syndicats aient débattu du rapport, discuté et envoyé ou mandaté des délégués, au moins pour une grosse partie d’entre eux. Ces délégués sont ainsi porteurs du message de centaines de milliers de syndiqués de par le pays, en métropole et outre mer.

Je veux d’ores et déjà saluer tous les camarades qui ont participé à l’organisation du congrès, en premier lieu, ceux du département du Nord, bien entendu, mais aussi tous les camarades des services de la confédération. Comme d’habitude, nous nous sommes fait quelques frayeurs. Cette fois, c’est en testant l’utilisation de l’informatique et des codes barre comme le disait Roland HOUP tout à l’heure dans l’enregistrement des délégués mais l’essentiel est bien que vous soyez là et prêts à travailler pendant toute cette semaine.

Je veux maintenant saluer nos invités internationaux de tous les continents qui nous font l’honneur et le plaisir d’être parmi nous. Je les remercie, eux et leurs organisations respectives, d’être venus nous saluer et participer à notre congrès. Nous aurons l’occasion de les saluer pendant ce congrès et tout à l’heure, Guy RYDER, secrétaire général de la CSI, interviendra.

Je veux aussi saluer tous les anciens responsables confédéraux qui assistent à ce congrès.

Je veux également adresser mes remerciements aux pouvoirs publics locaux, la mairie de Lille, la communauté urbaine, le conseil général et le conseil régional qui ont facilité au maximum notre manifestation car ce n’est pas une petite affaire que de réunir près de 3000 personnes dans une ville.

Enfin, avant d’en venir au fait, je veux également rendre hommage à tous nos camarades décédés pendant les trois dernières années, c'est-à-dire depuis le congrès de Villepinte en 2004. Vous avez du trouver dans votre sacoche de délégué une petite brochure in memoriam avec les noms de ces camarades. Je citerai seulement notre camarade DORIAC, ancien trésorier confédéral, notre camarade Roger LOUET ancien membre du Bureau confédéral, notre camarade DERLIN, du bureau confédéral et président de la CNAMTS et bien d’autres, qui, à leur niveau de responsabilité, ont contribué à faire de Force ouvrière l’organisation que nous connaissons. Nous ne pouvons pas oublier Michèle MONRIQUE, membre du bureau confédéral, ancienne responsable de l’UD des travailleurs français d’Allemagne, emportée par une maladie foudroyante, l’année dernière, quelques mois après avoir pris de nouvelles responsabilités.

Président, je te demande de bien vouloir faire respecter une minute de silence à leur mémoire.

Mes chers camarades, je ne ferai pas le rappel de tous les événements qui se sont déroulés depuis 2004, date de notre dernier congrès confédéral. Vous disposez du rapport d’activité dont vous avez remarqué, pour ceux qui ont connu le ou les précédents congrès, qu’il a fait une cure d’amaigrissement. C’est justement destiné à permettre à plus de monde de le lire en entier.

Je vais donc essentiellement m’attacher à compléter ce rapport quant à la période récente, sans m’interdire quelques retours en arrière.

Nous tenons notre congrès dans une période particulière et délicate, vous en êtes conscients. On m’a même fait la remarque que FO était plutôt audacieuse de tenir son congrès après les présidentielles et les législatives et au beau mitan de l’installation de la nouvelle assemblée nationale.

C’est un fait, mes chers camarades, le Premier ministre va faire son discours de politique générale devant l’Assemblée nationale dans quelques jours. Nous avions même envisagé un moment d’interrompre le congrès pour le suivre en direct sur les écrans vidéo de cette salle !

Finalement, il semble que son intervention n’aura lieu que la semaine prochaine et c’est tant mieux. Nous ne pourrons pas être taxés d’avoir eu une réaction épidermique, à propos de telle ou telle disposition annoncée, dans nos résolutions.

Nous avons veillé, au nom de notre pratique d’indépendance, à ne pas prêter le flanc à une polémique quelconque. Le bureau confédéral a rencontré tous les candidats démocratiques qui nous l’ont demandé. Nous avons exposé nos revendications, expliqué nos idées. Bien sûr, nous avons réagi quand certaines idées avaient directement un impact sur les questions sociales ou syndicales. Ce fut le cas par exemple avec la proposition de syndicalisme obligatoire ou avec le service minimum.

Mais nous nous sommes abstenus de faire un jugement global sur les programmes des candidats ou de nous livrer à un comparatif, thème par thème, de leur contenu. Pour nous, syndicalistes, le temps politique n’est pas le temps syndical. Même si FO se revendique du modèle républicain, les élections politiques engagent le libre arbitre des citoyens et le syndicat n’a pas à délivrer de consignes de vote.

Bien sûr, c’est notre position classique. Mais je vous prie de croire que pas un instant le bureau confédéral ne l’a remise en question. Si nous avions dérapés, si nous avions donné, sinon une consigne, mais du moins des indications, dans le style « tout sauf untel », non seulement vous auriez réagi mais je pense que nous serions en moins bonne situation pour aller maintenant présenter les revendications dans les ministères ou devant le patronat.

Aussi, quand un collaborateur du président de la République dis : « je vois mal que les syndicats puissent aller contre l’avis du peuple français », il montre une certaine méconnaissance de ce qu’est le syndicalisme en France depuis sa conception. Nous ne sommes pas dans un système travailliste. Ce n’est pas une critique à l’égard de la pratique des autres pays où les syndicats subventionnent leur parti de référence, participent aux instances du parti, et c’est leur droit. Mais il se trouve que, dès sa création, la CGT n’a pas voulu abandonner à un parti le soin d’organiser les travailleurs pour la défense de leurs revendications. Et pourtant, à la création la CGT, il y avait des guesdistes, des allemanistes, des anarchistes, etc.

Mais nos fondateurs ont établi l’indépendance du syndicat comme le fondement de la pratique syndicale ce qui a été confirmé par une résolution du congrès confédéral d’Amiens, connue sous le nom de Charte d’Amiens.Cet acte fondateur du syndicalisme français, nous l’avons célébré l’an passé dans cette même ville d’Amiens, mes chers camarades, et nous avons apposé une plaque dans le lieu même où cela s’est passé. Nous avons également organisé un colloque où mes prédécesseurs sont intervenus, mais aussi des syndicalistes étrangers, des universitaires, un philosophe, etc.

Oui, mes chers camarades, nous assumons notre histoire, toute notre histoire, nous la revendiquons, même !

Et par-dessus tout, nous la mettons en pratique : c'est-à-dire qu’en période électorale ou hors période électorale, les revendications continuent, toutes les revendications et rien que les revendications !

Mes chers camarades, on me demande régulièrement si la large victoire du président de la République ne devrait pas en quelque sorte modérer les ardeurs syndicales. 85 % des Français ont voté et 53 % des votants se sont exprimés en sa faveur. Bien sûr, le sous entendu c’est : vous, les syndicats avec vos 10% de syndiqués, vous n’avez pas la légitimité démocratique.

C’est une conception curieuse : la démocratie, avec un grand D, se limiterait-elle au champ de l’élection présidentielle ? En poussant un peu, il ne serait plus utile d’organiser les législatives et pourquoi pas les cantonales et les municipales. Je note en effet que le taux d’abstention aux législatives est de 40,01 %, supérieur à l’élection présidentielle. Y aurait-il un seul député, quel que soit son camp, pour considérer qu’il a moins de légitimité ?

Je crois qu’on ne doit pas comparer des torchons et des serviettes. Dans les élections professionnelles, les salariés sont très nombreux à voter. Et je ne parle pas du nombre d’adhérents des partis politiques.

Nous allons donc faire notre travail militant. Une élection n’est pas un blanc-seing. J’ai le sentiment que les résultats du 6 mai ont, dans la tête des citoyens, servi en quelque sorte à « laver » les résultats du premier tour des présidentielles de 2002. Mais la nouvelle majorité ne doit pas s’aveugler : les exigences sociales sont fortes, y compris parmi les électeurs de la majorité. Faut-il rappeler que c’est le même corps électoral qui, il y a deux ans, disait « non » au traité constitutionnel européen et non à la directive Bolkenstein ?

Mes chers camarades, il ne s’agit pas de préparer un troisième tour social, nous ne sommes pas et ne voulons pas être un contrepouvoir. Mais nous sommes un contrepoids social, nous voulons peser sur les projets, être entendus. Le mépris et les réformes à la hussarde, on a vu ce que cela donnait avec le CPE, c’est l’effet boomerang !

Je reviendrai dans un instant sur les projets du gouvernement tels qu’ils nous ont été exposés mais ceux-ci ne sont pas indépendants d’un contexte économique particulier. Le contexte, c’est notamment celui du pacte de stabilité et de croissance qui lie tous les pays européens ayant adhéré à l’euro.

Vous savez que tous les pays de la zone euro s’en remettent à la Banque centrale européenne, la BCE, pour la gestion de la monnaie commune. Or, celle-ci vient de décider, pour la 8ème fois depuis décembre 2005 de relever son taux directeur, c'est-à-dire le taux d’intérêt de l’argent, de 3,75 % à 4 %. Et il paraît même que ce n’est pas fini.

Cette mesure a pour conséquence de rendre le coût de l’argent plus élevé tout en garantissant de meilleurs rendements à ceux qui en prêtent. Le gouverneur de la BCE explique que c’est parce qu’il a peur de l’inflation, de la hausse des prix. Et pourquoi ? Parce qu’il craint le retour de la croissance et le retour des revendications salariales, particulièrement en Allemagne. Certains s’interrogent même sur le retour de l’inflation au niveau international

Or, cette politique de l’euro fort a pour conséquence de renchérir nos exportations et de freiner la croissance alors même que celle-ci atteint péniblement 2,5 %. Quant à l’inflation, elle atteint à peine les 2 % dans la zone euro.

La conséquence la plus directe est que cela rend encore plus compétitives les importations de pays comme la Chine qui ne respecte ni les droits de l’homme, ni sa propre législation sur le travail. Même des pays de haute technologie comme le Japon parviennent, parce qu’ils ont la maîtrise de leur monnaie, à être plus compétitifs.

On marche sur la tête, car tout le monde sait bien que l’économie de la plupart des pays européens repose en grande partie sur la consommation intérieure, sur notre pouvoir d’achat, notamment en France. Or, le gouverneur de la BCE est littéralement debout sur les freins au nom du dogme de la stabilité des prix et de la maîtrise de la dette publique de pays comme la France ou l’Italie.

En fait, il apparaît de plus en plus que son souci, c’est aussi l’activité frénétique des investisseurs institutionnels, dénommés en anglais les « private equity ». Ces fonds ont une spécialité : racheter des entreprises qui ont besoin de liquidités, en prendre le contrôle grâce à un endettement important et se payer sur la bête en demandant un retour sur investissement pharamineux pour rembourser la dette et servir les actionnaires.

En gros, c’est : je te rachète avec ton argent et, à la fin, tu es viré !

Cette technique est celle des LBO. Elle a d’ailleurs amené les confédérations syndicales de 15 pays, dont Force ouvrière, et une douzaine d’organisations syndicales internationales à condamner cette pratique. Nous avons réclamé une réponse internationale des gouvernements en utilisant l’arme de la fiscalité.

La BCE n’en est pas là, mais les opérations de LBO l’inquiètent car il faut faire circuler beaucoup d’argent pour faire ça et les sommes engagées par ces fonds commencent à inquiéter la BCE. Si un de ces « fonds » capotait, il ferait exploser en vol tous ceux qui lui sont liés. Alors, la BCE ferme le robinet en espérant que ça va calmer le jeu.

Mes chers camarades, cette mécanique financière et monétaire n’est pas simple mais elle nous concerne tous. Car vous avez compris que la variable d’ajustement, le curseur en quelque sorte, ce sont vos emplois, votre travail, vos vies, qui sont au bout des décisions qui seront prises par les patrons de ces fonds d’investissement.

Les Etats-Unis connaissent le même problème avec leur bulle immobilière mais la capacité de la Banque fédérale américaine à jouer sur le taux du dollar, les bons du Trésor, lui ont permis de limiter la casse. Seulement, d’autres pays comme l’Espagne sont concernés, toute leur économie étant traînée par l’immobilier et le développement des opérations financières.

Il faut bien le dire toutes ces question ne sont pas beaucoup débattues. Par contre, on va vous parler de la dette publique, ça oui ! Rendez-vous compte ! La France a dépassé le taux d’endettement de 60 % de 2 ou 3 points pendant des mois et des mois ! Je ne suis pas pour jeter l’argent par les fenêtres mais il n’y a quand même pas de quoi se pendre !

Surtout quand on sait que l’un de nos concurrents, le Japon a une dette de 163 % de son produit intérieur brut ! On essaie de nous culpabiliser avec une dette que vous légueriez à vos petits enfants. Et nous ? Est-ce qu’il nous est arrivé un jour d’aller voir nos parents pour leur dire : « non mais t’as vu la dette que tu vas me laisser ? » C’était plutôt pour leur demander notre argent de poche ou un coup de main !

Je cite souvent l’exemple de Paris. Le baron Haussman a éventré Paris, tracé des avenues, bâti des immeubles, des égouts, etc. et a endetté la ville pour un demi-siècle. Est-ce que quelqu’un aurait l’idée de s’en plaindre aujourd’hui ? Encore une fois, je ne suis pas pour le gaspillage mais il y a dans ce refrain : « la dette ! la dette ! » comme un parfum de bourrage de crâne. On nous expliquait que le Canada était un bon exemple parce qu’il avait réduit sa dette publique qui était de 85 %. Le secteur économique de la confédération a regardé cela et il apparaît en fait que l’Etat fédéral a bien ramené sa dette en dessous des critères admis. Mais si on ajoute celle des provinces, on retrouve le taux de 85 %...

En fait, mes chers camarades, ce qui m’inquiète le plus, c’est bien plutôt l’endettement des ménages. Au passage, je précise que si on ajoute dette publique et dette des ménages, la France est dans la moyenne basse des pays développés. S’agissant des ménages et donc, en majorité des salariés, l’endettement augmente. Fin 2006, il était de 68,4 % contre 64,1 % l’année précédente. Cela veut dire que les Français qui avaient plutôt tendance à avoir un bas de laine, commencent à en voir le fond et sont obligés, pour maintenir leur niveau de vie, de recourir à l’emprunt, à l’endettement, et ce au moment où la BCE remonte le coût de l’argent.

Ça n’empêche pas que nous sommes moins endettés que les ménages britanniques ou américains à qui la loi permet d’emprunter des montants équivalents à la valeur de leur maison, par exemple. Mais on commence à avoir l’amorce du même phénomène.

Si il fallait résumer, je dirais que nous sommes dans une situation où il y a de plus en plus d’argent mis dans des opérations spéculatives, monétaristes, à court terme et de moins en moins d’argent disponible pour les investissements de long terme, la recherche et le développement. Et dans le même temps, la politique de l’euro fort et de croissance molle pénalise la consommation et favorise les délocalisations / restructurations.

Cette situation est européenne et bien entendu elle a des répercussions à l’échelle de la planète. Au début du mois de mai, la confédération a participé à la délégation syndicale internationale de la commission syndicale consultative de l’OCDE. Cette délégation, conduite par John SWEENEY de l’AFL-CIO des Etats-Unis avec Guy RYDER de la CSI, a rencontré les ministres du G8 à Dresde. Nous avons également rencontré Pascal LAMY, directeur général de l’Organisation Mondiale du Commerce et Juan SOMAVIA, directeur général de l’Organisation Internationale du Travail. D’une certaine façon, on était au cœur des problèmes puisque la Chine a fait son entrée dans l’OMC. Or, l’OMC ne veut en aucun cas tenir compte du non respect des conventions internationales du travail.

Pour l’OMC, le seul critère pris en compte, c’est celui du libéralisme des échanges, de la levée des barrières douanières. Qu’un tee-shirt chinois soit produit par un enfant de 12 ans ne la choque pas, non, ce qui la gêne, c’est qu’on lui applique une taxe à l’entrée d’un autre pays membre de l’OMC.

Or, il est parfaitement scandaleux, mes chers camarades, qu’un pays se refuse à ratifier les conventions sur les libertés syndicales et la liberté de négociation, se refuse à ratifier la convention 29 sur le travail forcé et bénéficie de toutes les facilités pour exporter ses produits.

Nous avons également alerté le directeur du BIT sur les menaces qui, selon nous, pèsent sur les normes de l’OIT, c'est-à-dire les 187 conventions élaborées au sein de cette assemblée. Ces conventions sont des lois internationales, qui doivent être ratifiées et appliquées par les états pour la protection des travailleurs. Mais il y a une tendance des gouvernements et de l’union européenne à produire des directives et des lois amenant à contourner les normes de l’OIT. Ainsi, sur le temps de travail. La convention n°1 de l’OIT limite celui-ci à 48 heures mais la directive temps de travail autorise à déroger à cette limite.

Au passage, je vous rappelle que nous avons porté devant le Bureau International du Travail la contestation du CNE de Monsieur VILLEPIN qui contredit les normes sur la protection des salariés en cas de licenciement. Je note que le gouvernement français s’est livré à une bataille juridique destinée à retarder l’échéance, mais que le BIT devrait finalement statuer en novembre, après la Cour d’appel de Paris.

Mes chers camarades, Force ouvrière est particulièrement attachée à la défense des normes fondamentales du travail. C’est, au plan international, un des seuls leviers juridiques qui soit à la disposition des organisations de travailleurs. Il fait même l’objet de contestations internes de la part de certains gouvernements qui trouvent que l’existence et l’activité du BIT sont des freins à leurs politiques de l’emploi.

La 96e conférence internationale du travail de l’OIT a d’ailleurs eu à connaître une tentative des gouvernements américains et britanniques pour diminuer le budget de l’OIT. On a même fait courir le bruit que le gouvernement français était d’accord, ce qui a amené notre camarade Marc BLONDEL, qui était le vice-président de cette conférence, et Yves VEYRIER, à nous alerter pour une intervention immédiate.

Le nécessaire a été fait et la France honorera ses engagements. Mais nous avons également constaté que des employeurs prétendaient exempter en quelque sorte certains pays comme la Colombie de tout examen des violations des normes. Or, dans ce pays, mes chers camarades, on assassine régulièrement des syndicalistes ! Il a donc été décidé l’envoi d’une délégation.

Mes chers camarades, la situation des travailleurs au niveau mondial est inquiétante. L’ouverture des marchés, la libéralisation des échanges, bref, la mondialisation, sont loins de produire les effets bénéfiques qu’on nous promet à tout bout de champ.

La dimension sociale de la mondialisation, elle n’existe pas pour les ouvriers ou les paysans chinois exploités sans vergogne. Lors d’une délégation auprès de nos camarades algériens, j’ai pu constater que la Chine exporte et qu’elle exporte même ses travailleurs, dans des conditions de travail dignes d’un nouveau goulag ! Elle n’existe pas pour nos camarades africains dont les économies croulent sous le poids d’une dette qu’elles ne pourront jamais rembourser. Elle n’existe pas pour les travailleurs d’Irak maintenant aux prises avec une guerre civile sans jamais avoir pu réellement reconstituer leurs syndicats. Elle n’existe pas pour le 1,4 milliard de personnes qui vivent dans le monde avec moins de 1,50 euro par jour, elle n’existe pas pour les 80 % de la population mondiale privée de tout système de protection sociale.

Guy RYDER a pu souligner, lors de la réunion du G8 que 2 % du PIB mondial suffirait pour assurer une sécurité sociale de base pour tous.

C’est un problème général de partage des richesses. Je me félicite d’ailleurs, avec notre fédération de l’Equipement, de l’adoption récente par la conférence internationale du travail de la 188ème convention de l’OIT sur le travail dans le secteur de la pêche. Après trois années de discussion, cette convention apportera des garanties aux salariés en matière de recrutement, de salaires, etc. FO en demande bien sûr d’ores et déjà la ratification par le gouvernement français.

Mes chers camarades, j’en viens maintenant au sujet de la Confédération Syndicale Internationale. Vous le savez, le congrès constitutif de la CSI s’est tenu à Vienne en novembre dernier. Il faisait suite au dernier congrès de la CISL et de la CMT, tenus le 31 octobre, qui ont décidé de la co-fondation de la CSI.

Cette décision de la CISL avait été préparée depuis de longues années et le principe décidé au congrès de Myazaki en 2004. Nous avions déjà à cette époque expliqué nos positions. Depuis, nous avons continué d’expliquer que la nouvelle organisation ne devait pas conduire à affaiblir ou détourner les principes et les valeurs de la CISL. En particulier, on ne pouvait pas accepter la création de courants en son sein, quels qu’ils soient, religieux, politiques ou autres.

Au comité exécutif de la CISL avant son dernier congrès, nous avons soutenu la proposition de l’UGT espagnole réaffirmant l’opposition des membres fondateurs de la CISL à toute constitution de courants, tendances ou fractions.

Pour le reste, nous avons souligné la disparition de la lettre « L » du sigle. Ce symbole est toujours d’actualité. S’il était à l’origine associé à l’opposition des organisations syndicales aux régimes staliniens, il signifie surtout son attachement à la liberté syndicale et à la liberté de négociation. La création de la CSI était la décision prise par les organisations affiliées de la CISL comme de la CMT. 80 % de la nouvelle internationale est ainsi composée de tous les affiliés de la CISL, les 20 % restant étant ceux de la CMT et quelques organisations non affiliées, dont la CGT française.

Dans ces conditions, nous avons obtenu que seuls les affiliés de la CISL et de la CMT pouvaient être cofondateurs de cette nouvelle internationale. A noter également que tant la présidente de la CSI que son secrétaire général, sont les mêmes qu’à la CISL.

Pour le reste, mes chers camarades, quand on regarde la nouvelle organisation, il est évident que son ossature, ses membres les plus importants, ses finances, tout est bâti autour de la CISL. Nous avons proposé la candidature de Guy RYDER, qui a renouvelé à la tribune sa condamnation de toute tentative d’organisation de fractions ou tendances.

Nous avons par ailleurs trouvé un accord avec les autres centrales syndicales françaises qui nous permet de maintenir notre présence au BIT jusqu’en 2011.

Nous avons, bien entendu, informé le Comité Confédéral National de l’évolution du dossier et en avons débattu, notamment en octobre 2006 à Amiens, avant le congrès de Vienne.

Il va de soi que l’appartenance à cette organisation internationale rentre dans le cadre de l’internationalisme ouvrier, que c’est aussi l’occasion de nouer ou renforcer des liens avec des organisations syndicales de tous les continents, élément indispensable à l’activité syndicale. Il va de soi également que nous gardons notre liberté, nos analyses et nos conceptions et que la CSI ne saurait être une holding donnant des d’ordres à des filiales. Le syndicalisme existe d’abord dans l’entreprise et l’administration au niveau national.

Voilà, mes chers camarades, sur la CSI. Il vous sera demandé pendant le congrès d’adopter une modification statutaire remplaçant le sigle CISL par le sigle CSI.

J’en viens maintenant au congrès de la Confédération Européenne des Syndicats qui s’est tenu le mois dernier à Séville en Espagne. Nous avons tous en mémoire les désaccords qui nous avaient opposés à la majorité du comité exécutif de la CES à l’occasion du référendum français sur le projet de traité européen. La confédération avait bataillé dans les instances de la CES pour s’opposer à une campagne de soutien à la constitution européenne. La CES était même venue en France voir le président de la République et soutenir le projet, ce qui nous avait amené, en janvier 2005, à prendre publiquement position en indiquant que Force ouvrière ne se sentait pas engagée par les prises de position de LA CES. Et, sans appeler à voter « non » au référendum, car encore une fois, nous ne sommes pas les tuteurs politiques de nos adhérents et sympathisants, nous avions publié sur notre site Internet une analyse critique des dispositions sociales et économiques du projet.

Dans mon intervention finale au congrès de la CSI, j’expliquais que la CSI n’est pas une firme internationale avec des filiales, qu’elle n’est pas une ONG. C’est la même chose avec la CES. J’ai expliqué que la CES n’était pas une holding qui décide avec des filiales qui exécutent.

Comment peut-on en effet critiquer la directive « services » de l’union européenne, appeler à une manifestation au parlement européen de Strasbourg en février 2006, demander la suspension de celle-ci et approuver un traité qui, en quelque sorte, grave dans le marbre les principes qui y sont contenus ? John MONKS reconnaît d’ailleurs que sans les votes français et néerlandais, il aurait été plus dur de se battre contre la directive Bolkenstein.

Mes chers camarades, ce qui pour nous est la plus grave menace sur les conditions de vie des travailleurs, c’est le dogme de la libre concurrence et le pacte de stabilité et de croissance qui fait payer aux salariés du public comme du privé la note de la rigueur budgétaire. Nous en demandons encore la révision afin de débloquer ce carcan. Or, le traité constitutionnel validait les dispositions du pacte.

Mes chers camarades, les salariés et la population française ont dit « non » ! Ils ont dit non au traité et à ses annexes. La consternation était grande dans les chancelleries mais c’est comme ça ! Je note d’ailleurs que le nouveau président de la République a expliqué que l’on ne demanderait pas aux Français de voter une nouvelle fois. J’y renviendrai tout à l’heure.

Mais je m’interroge évidemment sur le contenu du traité simplifié que les chefs d’état étrangers vont proposer. J’indique à propos de la controverse autour de l’incorporation de la Charte européenne des droits fondamentaux dans le futur possible mini-traité, que ce texte nous apparaît, sous beaucoup d’aspects, insuffisant. C’est ce que nous avions déjà déclaré au moment de sa discussion en 1999, en faisant part de notre crainte que cela ne serve de référence en tant que modèle social européen. Mais son absence serait aussi interprétée comme un recul. Nous verrons en temps et heure mais nous garderons notre liberté de jugement et de critique !

Pour en revenir à la CES, le « non » des Néerlandais au projet de traité peu de temps après le vote français a sonné le glas du texte en question. Je peux vous dire que dans beaucoup d’autres pays, l’enthousiasme n’était pas plus grand. En Grande Bretagne, en Suède, en Allemagne, personne n’était vraiment favorable à un référendum sur cette question brûlante, tant les débats français avaient eu d’écho en Europe.

Au cours du congrès de la CES, nous avons rappelé cela, c'est-à-dire notre désaccord avec le soutien au référendum. Nous avons par contre approuvé le fait que la CES ait su dire « non » à la directive Bolkenstein et nous l’avons encouragée à dire fermement « non » au Livre vert européen sur l’emploi de la commission européenne. Bref, nous l’avons encouragée à renforcer sa capacité de contestation et avons déposé des amendements dans ce sens.

Il faut dire que ce n’était pas évident dans un congrès où nous avons vu se succéder le président de la commission européenne, le patronat européen, la BCE, le premier ministre espagnol, le vice-chancellier allemand, président de l’union européenne.

Nous avons d’ailleurs protesté, notamment avec nos camarades portugais et grecs, pour critiquer ce défilé du gotha européen dans un congrès syndical.

Mais au final, si certains de nos amendements avaient été intégrés au stade de la rédaction, comme par exemple de parler de « services publics » plutôt que de « services d’intérêt général », ceux concernant le renforcement sur la capacité de contestation ont été rejetés, ce que je déplore. Cela nous a évidemment amenés à voter contre le rejet de notre proposition.

Par ailleurs, nous avons soutenu la proposition des TUC britanniques, proche de nos propres amendements qui visait à supprimer ce qui concernait la constitution européenne et de le remplacer par des dispositions de caractère social et syndical.

Nous attendons de la CES qu’elle soit plus combative. Nous notons certaines inflexions positives, notamment sur les questions économiques et la Banque Centrale Européenne. Mais cela fait toujours l’objet de débat. Maintenant, les positions de la CES comme celles de la CSI, ne sont pas celles d’un homme ou d’une équipe, ce sont celles prises par la majorité des organisations affiliées, chacune conservant par ailleurs sa liberté d’analyse, de comportement et d’action.

 

Discours de Jean-Claude Mailly, XXIe congrès de la CGT-FO le 25 juin 2007 à Lille (suite)

 

Discours de Jean-Claude Mailly, XXIe congrès de la CGT-FO le 25 juin 2007 à Lille (suite)


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