Force Ouvrière de Côte d'Or

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IL Y A DU GRAIN À MOUDRE

Publié le 21 Février 2007 par UDFO21 in AFOC 21

Interview de Jean-Claude Mailly parue le Journal du Dimanche du 18

février 2007

 

- Les grandes entreprises annoncent tour à tour des profits record. De quoi attiser les revendications salariales?

- Quand on voit les résultats de Total ou ceux de la BNP, il y a du grain à moudre. D’autant que les augmentations de salaire ne sont pas à la hauteur de la hausse des profits. Dans les grandes entreprises, les bénéfices servent surtout au rachat d’actions, aux dividendes, à la croissance externe et, de façon insuffisante, aux investissements. Mais pour les salaires, on est loin du compte. Entre 1990 et 2004, la productivité du travail a augmenté de 100%, le taux de salaire réel de 25%.

 

- Ségolène Royal propose le SMIC à 1 500 euros, vous êtes d’accord?

- D’abord, je vous réponds que Force ouvrière ne donnera pas de consigne de vote, comme à notre habitude. Nous ne commenterons pas non plus les programmes de tel ou tel. Je souhaite bien entendu que le SMIC soit le plus élevé possible, mais il n’y a pas que le SMIC. Il faut prendre en compte le problème dans son ensemble. De nombreux salariés gagnent à peine plus, avec dix ans d’ancienneté. Ces niveaux sont démotivants. Pour redresser l’ensemble des grilles, nous demandons que le SMIC ne soit plus réévalué au 1er juillet mais au 1er mars de chaque année. Cela laisserait en effet du temps pour négocier avant l’été.

 

- Nicolas Sarkozy promet de détaxer les heures supplémentaires. Qu’en pensez-vous?

- Le slogan travailler plus pour gagner plus, je n’y crois pas. Tout simplement parce que les salariés ne choisissent pas leur durée du travail. Si je veux faire des heures supplémentaires pour m’acheter une voiture, le patron me répondra que c’est fonction de l’activité de l’entreprise. En tout état de cause, pour les salaires, la négociation doit primer sur le reste.

 

- Vous opposez-vous à l’idée du candidat de l’UMP d’instituer un vote dans les entreprises après huit jours de grève?

- On est contre. Quel est l’intérêt de brandir des propositions de ce genre, alors que le nombre de jours de grève n’augmente pas? Cela s’appelle agiter le chiffon rouge. Surtout, le droit de grève est un droit individuel, et ce genre de mesure ne tient jamais en cas de profond conflit social.

 

- Cette semaine, le débat a surtout porté sur le coût des mesures…

- C’est sans intérêt. Le problème n’est pas le chiffrage, c’est l’absence de cohérence des programmes. Ils se résument à des catalogues. Du coup, on ne voit pas le projet d’ensemble, et il ne peut pas y avoir de vrai débat. Pourtant, des questions de fond se posent: quelle politique économique veut-on? Quelle politique industrielle? Quel projet pour l’Europe? Est-ce qu’on considère que le déficit public ne doit jamais dépasser 3% du PIB, ce qui conduit à supprimer des postes de fonctionnaires et à privatiser? Des réponses donneraient une cohérence aux programmes. Sinon, on en reste aux clichés.

 

- Vous ne trouvez pas que certaines mesures sont diamétralement opposées?

- Certaines, oui. Mais sur la dette publique, par exemple, c’est la même analyse, toujours alarmiste. On ne dit jamais que davantage de croissance économique réduirait l’endettement. Et puis, sans emprunt, la France ne se serait jamais développée… Au bout du compte, si les élus n’ont plus de marges de manœuvre sur la politique économique, il ne faut pas s’étonner que les gens s’abstiennent ou zappent à chaque élection depuis trente ans. Il y a eu le 21 avril, le référendum sur la Constitution européenne…

Les responsables doivent s’interroger. C’est ce que j’ai dit à Nicolas Sarkozy, je le dirai à Ségolène Royal que je dois voir avant la fin du mois.

(Le Journal du Dimanche du 18 février - Propos recueillis par Nicolas Prissette)

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