31 Août 2007
L’Université d’été du MEDEF a
tourné cette année autour du thème «Jouer le jeu». Et «jouer le jeu », selon la présidente de l’organisation patronale, c’est «accepter la lettre et (…) cultiver l’esprit» des «règles du jeu» qui
«organisent désormais notre monde». Un jeu que qu’elle a assuré vouloir «jouer avec tout le monde», gouvernement comme syndicats. Pour cela, elle appelle à «une «révolution stratégique» en France
via «une politique qui stimule le travail». Lequel travail est, selon le MEDEF, toujours aussi entravé par un tas d’obstacles juridiques, fiscaux, sociaux…. qui n’existeraient nulle part ailleurs
en Europe. Il en est ainsi de l’âge légal de départ à la retraite à 60 ans. «On pense sérieusement qu'il faut certainement remettre en cause l'âge légal de départ à la retraite et l’on propose de
faire les choses selon un tableau de marche très progressif, de passer à 61 ans peut-être en 2012, puis peut-être à 62 ans en 2020», a déclaré Mme Parisot. Car «nous sommes le seul pays en Europe
qui n'a pas relevé son âge de départ à la retraite au cours de ces dernières années», a-t-elle expliqué.
À ce jeu-là, la patronne des patrons MEDEF risque d’être seule sur le terrain. Jean-Claude Mailly (FO) a rappelé que son organisation avait exigé en juin, lors
de son congrès, qu'on «arrête les compteurs à 40 ans» de cotisations». «Que les employeurs arrêtent de licencier les salariés quand ils dépassent les 50 ans, plutôt que de leur demander de
travailler plus», lui a-t-il lancé. Un argument partagé par l’ensemble des centrales syndicales. «La limite d'âge fixée à 60 ans est emblématique et n'a pas grand-chose à voir avec le
fond du problème qui est le nombre d'annuités de cotisation», a expliqué Bernard Van Craeynest (CGC), pour qui, «il faudrait déjà faire remonter le taux d'emploi des 55-64 ans, qui n'est que de
38%». La «priorité n'est-ce pas plutôt de trouver des solutions pour ceux qui, à 45, 50 ou 55 ans, frappent aux portes des entreprises pour trouver un emploi?», s'est interrogé Jacques Voisin
(CFTC). Par la voix d’un de ses représentants, Jean-Christophe Le Duigou, la CGT a trouvé également «gonflée» la proposition du MEDEF alors que les réformes des retraites de 1993 et de 2003
«n’ont modifié pas les comportements» des entreprises qui «continuent à se défaire de leurs salariés âgés» avant 60 ans. Même le principal défenseur de la réforme Fillon 2003, François Chérèque
(CFDT) a prévenu qu'il n'était «pas prêt à discuter» d'une remise en cause de la retraite à 60 ans qui est un symbole fort».
Le ministre du Travail Xavier Bertrand est allé également dans le sens des syndicats. «Plutôt que de parler de 61 ou 62 ans, il faudrait déjà que les Français partent réellement à 60 ans. Ce
n'est pas le cas et le vrai enjeu du rendez-vous de 2008 est là: faire correspondre l'âge légal et l'âge réel», a-t-il déclaré hier. Au regard des réactions syndicales unanimes, du côté du
gouvernement, on n’a pas peut-être pas envie de s’aventurer (pour l’instant ?) sur ce terrain de jeu du patronat.