Denis Gautier-Sauvagnac devrait être placé en garde à vue dans l'après-midi, dans l'enquête sur des retraits de fonds suspects.
Denis Gautier-Sauvagnac, président démissionnaire de l'Union des industries des métiers de
la métallurgie (UIMM), est convoqué mardi 27 novembre dans l'après-midi à la brigade financière de Paris dans le cadre de l'enquête sur des retraits de fonds suspects, a-t-on appris de source
judiciaire. Il y sera entendu sous le régime de la garde à vue. De même que Dominique Renaud, la chef-comptable qui a effectué des retra
Denis Gautier-Sauvagnac (c) Reuters
its en liquide.
DGS, qui a démissionné le 23 octobre de la tête de l'organisation patronale, est suspecté d'avoir retiré quelque 26 millions d'euros (19 à la BNP et 7 à la banque Martin-Morel) en espèces sur des
comptes de l'UIMM entre 2000 et 2007.
A l'issue de cette garde à vue, qui peut durer 48 heures, le parquet devrait ouvrir une information judiciaire, notamment pour abus de confiance, pour permettre la présentation de Denis
Gautier-Sauvagnac et éventuellement celle de Dominique Renaud à un juge d'instruction en vue de son éventuelle mise en examen. Le 5 novembre, le procureur de la République de Paris avait assuré
que "l'ouverture d'une information judiciaire (interviendrait) au moment opportun".
600 millions pour l'Epim
Le parquet a été saisi le 24 septembre dernier par Tracfin (Traitement du renseignement et action contre les circuits financiers clandestins), la cellule
anti-blanchiment du ministère de l'Economie et des Finances, de retraits de fonds suspects à hauteur de 5,6 millions d'euros sur le compte de l'UIMM, une des composantes du Medef. Le 25, il a
ouvert une enquete préliminaire.
Ces fonds provenaient d'une caisse de secours mutuel, l'Epim, créée en 1972 et destinée à soutenir les entreprises adhérentes ayant subi des préjudices lors de conflits sociaux. Les fonds
non-utilisés de cette caisse sont aujourd'hui valorisés à environ 600 millions d'euros, selon l'UIMM.
Or Denis Gautier-Sauvagnac a reconnu avoir effectué ces dernières années des retraits en liquide dans cette caisse de l'ordre de "2 millions d'euros par an" depuis sa prise de fonction en
2000.
Il a ainsi admis qu'une partie des retraits, estimée par le parquet à 3 millions d'euros, a servi à verser à des collaborateurs "un complément de rémunération correspondant à des primes de
cabinet". Une pratique ancienne à laquelle il dit avoir mis fin en décembre 2006 mais pour laquelle il pourrait être poursuivi, selon une source judiciaire.
La thèse d'une "fluidification des relations sociales" privilégiée
Les policiers de la brigade financière cherchent donc à connaître la destination de 21 de ces 26 millions d'euros retirés -2 millions ont été saisis dans les coffres de l'UIMM, auxquels
s'ajoutent les 3 millions versés à des salariés- et à savoir si elle peut être ou non constitutive d'un abus de confiance, relever de la corruption ou du financement de partis politiques.
Pour l'heure, la thèse d'une "fluidification des relations sociales" (selon les dires de l'ex-président de l'UIMM Daniel Dewavrin), sous-entendant un financement occulte de syndicats ou la
corruption de certains syndicalistes avant des négociations, n'est pas vérifiée. Mais serait privilégiée, selon des sources concordantes.
Quant à la piste d'un financement politique, elle a été formellement démentie par l'intéressé, qui assure que l'Union "n'a apporté aucune aide aux partis". L'UIMM, comme les syndicats de
salariés, relève de la loi Waldeck-Rousseau de 1884 qui la dispense de publier ses comptes.
Enfin, l'hypothèse d'un enrichissement personnel de DGS, liée notamment aux conditions d'achat de son appartement grâce à un prêt de l'UIMM, a été écartée par les enquêteurs.
S'il a également quitté sa fonction de responsable de la commission des relations sociales au Medef où il était chargé des négociations sur le marché du travail, Denis Gautier-Sauvagnac est
encore vice-président de l'Unedic (Assurance-chômage).
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