L’ETAT, ASSUREUR TOUS RISQUES POUR LES BANQUIERS - 041008

LE SERVICE ECONOMIQUE DE L'UNION DEPARTEMENTALE FORCE OUVRIERE DE COTE D'OR VOUS INFORME DE 

Crise financière


Depuis quelques jours, l’exécutif français déverse sans compter l’argent public pour sauver un système à la dérive. Des dizaines de milliards d’euros qu’il va puiser notamment dans les livrets épargne populaire (LEP et ex-Codevi).

 
Des milliards en veux-tu...en voilà! La crise financière venue d’outre-atlantique est bien là. Elle a fini par traverser l’océan. Tous les moyens étant bons pour voler au secours d’un système cupide, l’exécutif français est prêt à déverser sans compter l’argent public pour juguler cette crise «équivalente à celle de 1929», dixit le Premier ministre François Fillon dans un entretien publié mercredi par les Echos. «Nous ne nous interdisons aucune solution pour sauver une banque de la faillite»: «adossement de l'Etat », «prise de participation», voir la réaffectation d'une partie des encours du Livret A, avait-il notamment déclaré au quotidien économique. En meeting hier à Toulouse, le leader de la confédération FO, Jean-Claude Mailly a demandé au gouvernement de faire bénéficier les salariés du même traitement que les banques pour lesquelles il a su venir en aide du jour au lendemain.

C’est en effet dans la nuit de lundi à mardi que les gouvernements belges et français ont décidé de «nationaliser» DEXIA, dont le capital est désormais détenu à la majorité par les pouvoirs publics des deux pays. Selon le plan de sauvetage arrêté à cinq heures du matin, la Belgique et la France devront chacune mettre 3 milliards d'euros au pot pour sauver cette «banque des collectivité locales». Du côté français, la Caisse des dépôts (CDC), «bras financier» de l’Etat, devra puiser 2 milliards dans son portefeuille d'actions (50 milliards d'euros fin 2007). Pour le milliard restant à la charge directe de l’Etat, le gouvernement aurait voulu recourir aux recettes issues de la privatisation partielle d'EDF réalisée en décembre 2007 (3,9 milliards d'euros) alors que même que ces fonds sont destinées à un plan d'investissement des universités. Mais devant le Tollé général qu’elle a suscité, l’option a été écartée officiellement par le gouvernement.

Il n’y a pas que les banques qui vont faire l’objet d’un soutien sans faille et sans précédent de l’Etat. Les promoteurs qui ont contribué à gonfler les prix du marché immobilier, quitte à endetter les ménages pour plusieurs décennies, auront eux aussi leur bouffée d’oxygène. Le président Nicolas Sarkozy a annoncé mercredi que l'Etat rachètera des dizaines de milliers de logements dont les travaux n'ont pas été lancés faute de certitude sur les ventes pour éviter «l’annulation ou le report d’opérations». Dans un premier temps, les pouvoirs publics se porteront acquéreurs à «un prix décoté» de plus de 30 000 logements. Il a également décidé «d’étendre la garantie que l’Etat apporte aux crédits immobiliers des ménages via les prêts d’accession sociale en relevant le plafond de ressources y ouvrant droit», a indiqué l’Elysée, selon qui, avec cette mesure, 60 % des ménages contractant un crédit immobilier seront couverts par l’Etat, contre 20 % aujourd’hui. Autant de mesures, dont profiteront assurément les groupes de BTP.

Enfin, le gouvernement a dévoilé jeudi soir un plan de soutien au financement des PME d'un montant d'environ 22 milliards d'euros pour prévenir les risques d'assèchement du crédit des entreprises. «Compte tenu du dynamisme de la collecte de l'épargne réglementée, qui est supérieure de plus de 20 milliards d'euros aux prévisions», cette enveloppe sera essentiellement constituée par la mise à la disposition des banques d'une part plus importante (environ 17 milliards d'euros) des ressources collectées sur les livrets de développement durable (ex-Codevi) et d'épargne populaire (LEP). Deux milliards d'euros supplémentaires seront mis à la disposition des PME grâce à une hausse de la ligne de crédit qui est dévolue par la CDC à OSEO, banque publique d'aide aux PME Laquelle va devoir de son côté augmenter le fonds de garantie aux prêts accordés par les banques aux PME en puisant dans ses fonds propres.

Les fonds du livret A dont les dépôts sont également centralisées à la CDC ne seraient finalement pas touchés. Emise mercredi dans son entretien aux Echos par M. Fillon, l’idée semble avoir été exclue depuis après la levée de boucliers des associations et des syndicats. La fédération FO-Com s’était indignée notamment de «ce qui serait un détournement de fonds sans précédent» pour refinancer les banques et prêter aux entreprises. Alors que la vocation du Livret A, outre de protéger l'épargne populaire, est d'assurer le financement du logement social, pour FO, «les épargnants, et parmi eux les plus modestes, auraient été spoliés deux fois: sur la garantie de leur épargne, et sur leur possibilité de se loger».

Il n’en demeure pas moins que le commun des contribuables et les épargnants lambda seront quand même appelés à devenir les assureurs tout risque des aventuriers de la finance. Ils apprécieront alors à sa juste valeur la «moralisation» du capitalisme décrétée la semaine dernière à Toulon par M. Sarkozy.
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