Hommage à JEAN-PIERRE MONET - 011108


 
Jean-Pierre Moinet venait de retoucher une dernière fois le dossier que nous publions cette semaine. La maladie, foudroyante, l’a conduit à l’hôpital quelques heures après. Il a quitté ses lecteurs et ses camarades de travail le 21 octobre.

Nous partageons le cri de Claude Jenet, qui fut son «découvreur» et l’amena, après Alouette-FM, en Vendée, et plusieurs autres titres, à travailler pour FO Hebdo: «Devant cette profonde injustice, comment se taire, comment ne pas laisser éclater le sentiment de révolte qui nous envahit devant cette vie trop tôt brisée...»

Journaliste de caractère, il avait l’humanité communicative et un talent particulier pour faire parler ses interlocuteurs, partout où le conduisaient ses reportages. Leurs métiers, leurs satisfactions, leurs angoisses, il les mettait en lumière, autant que leurs colères –qu’il partageait. Son dossier sur les travailleurs pauvres atteste de manière émouvante son engagement militant et professionnel.

Ses reportages manqueront à notre journal. Son sourire et son œil malicieux manqueront à ses camarades.

Il avait 56 ans. À son épouse, Manon, à son fils, Eliot, à sa famille, nous adressons nos pensées affectueuses. Puisse leur fierté d’avoir été aimés d’un tel homme les réconforter et atténuer, s’il est possible, leur douleur.

La rédaction


«Un compagnon du Tour de France»

Il brûlait d’un feu intense et intérieur pour le sport cycliste, mais nous n’en n’avions pas mesuré toute la ferveur. Sans doute parce que sa modestie l’avait retenu de nous confier qu’il était, de toujours, un membre de notre famille. Depuis le temps qu’il avait couru les routes et les pistes vendéennes, dans sa jeunesse, sous les couleurs du Vélo Club Yonnais.

Je sais le bonheur d’avoir pu faire de sa passion un métier. Jean-Pierre avait, d’une certaine façon, suivi un itinéraire pareil au mien puisqu’il devint journaliste, de radio d’abord, de presse écrite ensuite, toujours dans l’ouest de la France. Il tâta même de l’organisation lorsque Force Ouvrière prit en main une belle course dénommée joliment Grand Prix du Muguet, du côté de Châteauroux et de Limoges.

Mais ce n’est que lorsqu’il rejoignit le peloton de FO Hebdo que nos chemins se croisèrent. Sur le Tour de France, bien sûr. Dévoué à son journal comme il l’était à son sport et à ses camarades, Jean-Pierre, je le voyais dans ses yeux, partageait mes émotions –les belles comme les moins bonnes– que le Tour nous apporta, une vingtaine d’années durant. Il fut l’artisan de multiples pages spéciales d’avant et d’après-Tour et de la mémorable fête commune FO-le Tour, que nous fîmes à Tarbes avec la direction de votre syndicat pour marquer notre ancien et solide partenariat.

Il était donc juste que Jean-Pierre reçoive la médaille de la Fidélité du Tour de France et j’aurais aimé être à la place de Christian Prudhomme pour la lui remettre. Le plateau de la Reconnaissance, distinction suprême et posthume, est venu, hélas trop tard, dire l’estime et l’amitié qu’inspirait à notre communauté cycliste cet authentique compagnon du Tour de France, qui avait tant bourlingué sur les routes avec discrétion, gentillesse et confraternité. Puisqu’il me faisait l’honneur de son affection, je peux dire ici, non sans émotion, qu’elle était ô combien! réciproque.

Jean-Marie Leblanc
Ancien directeur du Tour
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