BTP : Petites et grandes manœuvres autour d’Eiffage

Les syndicats d'Eiffage organisent demain une journée d’actions européenne pour marquer leur hostilité à l’offre de rachat de leur groupe par un de concurrent espagnol, Sacyr. Ils craignent un démantèlement de l’entreprise.

Les syndicats européens d'Eiffage appellent demain à une journée d'action pour dénoncer le projet de rachat sur 100% du groupe français de BTP par l’espagnol Sacyr, un groupe œuvrant dans le BTP et l’immobilier. Les syndicats français (CGT, CFDT, CFE-CGC, CFTC, FO), belges (FGTB, CSC-BI), espagnols (UGT, CC.OO), portugais (CGTP), allemand (IG BAU) et Luxembourgeois (OGB-L) prévoient notamment un rassemblement devant l'Autorité des marchés financiers (AMF) à Paris. Selon eux, si l’offre publique d’échange (OPE) dévoilée la semaine dernière est menée à son terme la construction, l'industrie routière, le génie civil, l'électricité comme l'activité métallique (Eiffel) qui constituent le cœur de métier d’Eiffage ne seront plus à l’abri d’une cession au profit des «nombreux fonds d'investissement qui rêvent de spéculer à court terme au détriment de l'emploi sur nos secteurs».

Comme tous les prédateurs qui ne sont pas encore emparé de leur proie, la direction de Sacyr a assuré dimanche que son projet ne prévoyait «évidemment ni cession ni réduction d'aucune activité, la cohérence du projet étant de permettre aux deux groupes de se développer demain davantage sur l'ensemble de leurs marchés». Ce «rapprochement entre Sacyr et Eiffage est un projet de développement», a-t-elle tenu à ajouter. Selon son offre, le groupe espagnol propose d'échanger cinq actions du d’Eiffage contre 12 actions Sacyr entre le 9 mai et le 2 juillet.

D'une valeur de 6,5 milliards d'euros, cette OPE est censée séduire les autres actionnaires d’Eiffage quelque peu échaudés par l’attitude de Sacyr avant l’officialisation de son projet. Après avoir ramassé en catimini un paquet de titres sur le marché – les opérations boursières ont débuté en janvier 2006 – la direction de Sacyr a tardé à dévoiler ses véritables intentions alors que le règlement lui imposait de le faire une fois le seuil de 33% atteint. Elle a attendu le 30 mars pour l’annoncer et réclamé dans la foulée la nomination de cinq administrateurs, soit au 17,5% des droits de vote. Une demande rejeté à ce jour par l’Assemblée générale des actionnaires d’Eiffage. Le dossier est maintenant entre les mains de l’AMF qui a ouvert par ailleurs une enquête sur d’éventuelles manipulations des cours d’Eiffage, parallèlement à la montée en puissance du groupe espagnol dans son capital.

Quoi qu’il en soit, pour les syndicats, l’OPE présente «un grand risque pour l'emploi par le démantèlement d’Eiffage et de ses métiers en raison du haut niveau d'endettement» du raider espagnol. Une dette de 18 milliards d'euros, colossale au regard de sa taille (16.000 employés, 4,6 milliards d'euros de chiffre d'affaires) et surtout de celle de sa proie (56.400 salariés 10,7 milliards d'euros de chiffre d’affaires).

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