29 Avril 2007

Elle est l’une des 28 usines qui continuent à produire du lin en France. L’usine occupe 120 salariés dans des qualifications aussi diverses que cardeurs, coupeurs, étaleurs, ramasseurs, presseurs, conducteurs de machines à étoupe, caristes, hommes de cour, mécaniciens, électriciens, personnel administratif et de direction…
La production est revendue presque exclusivement en Chine. En effet, pour le moment, la Chine ne réussit pas à égaler la qualité des lins cultivés en Flandre.
Lors des dernières élections professionnelles, j’ai été contacté par la seule organisation syndicale de l’entreprise, la CFDT. J’ai accepté de figurer sur ses listes. J’ai été élu au comité d’entreprise. Depuis, j’ai constaté que les méthodes de ce syndicat ne me convenaient pas, car on n’y écoutait pas suffisamment les salariés et on ne répondait presque jamais aux questions qu’ils se posaient.
Un collègue m’a alors conseillé de contacter Force Ouvrière. J’ai été reçu à l’Union Locale de Dunkerque. Nous avons longuement discuté. Ce que j’ai aimé dans ce syndicat, c’est son indépendance, son écoute et sa volonté de défendre les droits des salariés.
Je suis délégué syndical depuis avril 2006. Il m’a fallu apprendre à parler et à convaincre. Nous sommes actuellement une dizaine de syndiqués répartis sur les deux sites de Killem et du Quesnoy. Certains salariés sont venus me voir mais ils sont encore nombreux à hésiter, par peur de la direction ou de l’autre syndicat.
En quelques mois, j’ai déjà participé à plusieurs négociations.
La mise en place du Compte Épargne Temps était voulue par la direction. Mais aucun salarié n’a pour le moment utilisé le CET, ce que j’avais pronostiqué.
J’ai également participé aux négociations salariales de branche à Paris, ce qui m’a permis de mieux comprendre le fonctionnement des accords.
La branche a par ailleurs décidé de rouvrir les négociations sur les nouveaux métiers et les tableaux de classification. Je pense qu’il faudrait reconnaître de nouveaux profils de classification, surtout ceux qui nécessitent davantage de technicité ou de polyvalence. Mais il semble que les employeurs penchent plutôt en faveur d’une individualisation des profils.
J’ai assisté à la réunion des délégués syndicaux de l’Union Locale de Dunkerque, animée par Jean Jayer, secrétaire confédéral. Son intervention a porté sur le document de syndicalisation. Il est évident que ce document ne peut suffire, à lui seul, à syndiquer. Il faudra toujours qu’on explique et qu’on persuade. Mais le livret est un bon moyen pour présenter, expliquer et faire prendre conscience de la nécessité de se syndiquer.
Il m’a aussi fallu apprendre la patience. C’est parfois difficile de faire évoluer les choses, surtout en ce qui concerne les conditions d’hygiène et de sécurité. Les salaires ne sont pas le problème principal, pour l’instant. Par exemple, nous avons la prime de teillage, une sorte de prime de rendement, en fonction du tonnage qu’on fait. Elle peut aller de deux à vingt euros par jour.
L’industrie linière est confrontée à la modernisation et à la mondialisation. Les usines qui existent en France continuent à progresser, grâce au savoir-faire des salariés de la branche.
Le lin est une des rares plantes où même les résidus sont réutilisés et recyclés. Savez-vous que les fibres servent à la fabrication de feuilles de cigarettes, qu’elles entrent dans la composition des bois agglomérés et dans la réalisation d’habitacles de voitures? Étonnant, non?
