Le conseil économique et social juge sévèrement le fonctionnement de Pôle emploi tant au niveau du service rendu aux chômeurs que des
conditions de travail de ses agents. Il confirme les critiques exprimées par FO lors de la création du nouvel attelage.
Le conseil économique,
social et environnemental (CESE) s’apprête à rendre aujourd’hui un avis implacable sur les deux premières années de fonctionnement de Pôle emploi né de la fusion à marche forcée des ASSEDIC et de
l'ANPE. Selon le projet d’avis rendu public mardi, le service public de l’emploi peine on ne peut plus à atteindre les objectifs assignés par la loi de février 2008, en particulier sur le suivi des
demandeurs d'emploi.
Alors qu’il devait «constituer une mission essentielle de Pôle emploi», l’accompagnement des chômeurs «apparaît moins efficace» comparé à d’autre pays d’Europe
comme l’Allemagne ou le Royaume Uni, fait remarquer le texte. Qui s'appuie notamment sur les résultats d'une étude de l'Inspection générale des Finances (janvier 2011) montrant du doigt les
insuffisances de ce nouvel établissement. En France, environ 71 agents sont appelés à aider 10 000 chômeurs lorsqu’ils sont 113 de l’autre côté de la Manche et pas moins de 150 outre-Rhin,
précisait ainsi le rapport de l’Inspection. Dès lors, les allocataires français restent très souvent seuls dans leur recherche de travail sachant que l'entretien n'est mensuel que dans 36% des
cas. Sans compter les changements d’interlocuteurs fréquents. «En termes de retour à l'emploi des chômeurs», l’efficience du service public de l'emploi demeure quelque peu «limitée», déplore le
CESE, avant de souligner qu’un certain nombre d'engagements ne sont pas tenus ou apparaissent «inadaptés» comme le délai de quatre mois entre l'inscription à Pôle emploi et le premier entretien
de suivi mensuel personnalisé.
La mise en place du « guichet unique», à savoir un seul interlocuteur pour le placement et l'indemnisation n’a pas non plus tenu ses promesses. Le projet d’avis du
Conseil dénonce à cet égard «l'unification illusoire des métiers» qui a consisté à exiger une polyvalence totale aux ex-agents ASSEDIC et ANPE, bien que ce sont deux professions dissemblables.
D’où la dégradation des conditions de travail des personnels. Avec une moyenne de 200 dossiers par agent, on est loin de l’objectif de 60 dossiers annoncé par le gouvernement à l’époque de la
création de Pôle emploi Ce qui génère une surcharge de stress qui a conduit parfois au suicide d’agents. Le CESE relève «une réelle souffrance au travail liée à la difficulté de remplir les
missions de service public» en raison d'«un management guidé par une forte logique financière », d'«indicateurs principalement quantitatifs».
Pour sortir de ces écueils, son projet d’avis préconise de veiller aux «risques psychosociaux», de «limiter de manière notable la taille des portefeuilles des
conseillers», de personnaliser davantage le service aux demandeurs mais aussi d'accentuer l'offre de formation et d'améliorer le service d'indemnisation. Et pour cela, selon lui, il faut
«accroître les moyens de l’organisme public» et «rénover sa gouvernance» en donnant davantage de poids aux partenaires sociaux, dont le rôle a été mis à mal. FO devrait voter ce mercredi cet avis
tant il conforte à bien des égards ses positions et analyses tout au long du processus de cette fusion contre-nature des ASSEDIC et de l'ANPE à laquelle la centrale syndicale était
hostile.
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