Selon la presse, la direction de l'avionneur européen envisage de transférer en Allemagne l'assemblage du futur A320. Un scénario auquel refusent de croire les syndicats sachant que cette activité occupe 8.000 personnes en France.
D'après le journal La Tribune publié lundi, Hambourg (Allemagne) devrait avoir l'exclusivité de l'assemblage des futurs Airbus A320, qui est partagé aujourd'hui avec Toulouse (France). Ces «informations n'ont jamais été données officiellement aux syndicats. Ni officieusement d'ailleurs», a commenté Julien Talavan, (FO-Airbus), qui juge «économiquement et techniquement invraisemblable» l'hypothèse d'un site unique au regard du fonctionnement de l'entreprise.
«Il y a actuellement une équité dans la répartition des chaînes A320» entre les pays européens participants et «on ne voit pas pourquoi on viendrait troubler le jeu», a affirmé son homologue de la CGT, Xavier Petrachi. Pour FO, cela reviendrait «à déshabiller Pierre pour habiller Paul : des heures supplémentaires à Hambourg et du chômage à Toulouse, (8000 salariés en comptant les sous-traitants). Nous nous y opposerions par le conflit au besoin». Rappelant que l'on parle de la nouvelle génération d'A320, dont le lancement ne devrait pas intervenir 2015, Julien Talavan, a expliqué que «pour des raisons techniques, la réussite de cet avion complexe passe forcément par le maintien d'une chaîne d'assemblage à Toulouse, au plus près du cerveau, le bureau d'études qui conçoit tous les avions d'Airbus».
Les syndicats appréhendent désormais les annonces que pourrait faire la direction à l'occasion de la présentation fin février du plan «Énergie 8». Confirmé en octobre dernier, ce vaste plan d'économies (2 milliards d'euros par an à partir de 2010) vise à redresser les comptes de l'avionneur européen en vue de reprendre la place leadership commercial qu'il occupait depuis 2005 avant de la céder l'an dernier à Boeing. Outre les déboires internes (démission de deux présidents sur fond de querelles franco-allemande autour la direction de la maison-mère EADS), 2006 a été passablement marquée par les retards à l'allumage de l'A380 de l'A350, et par le surenchérissement de l'euro face au dollar.
«Surmonter les retards (de l'A380), lancer l'A350, développer l'A400M et nos efforts de recherche et développement, tout cela a lourdement impacté le résultat 2006», a expliqué, lors d'une conférence de presse mercredi, le président d'Airbus, Louis Gallois, avant d'incriminer, le contexte du dollar faible face à l'euro qui handicape la compétitivité du groupe. Les dirigeants de l'entreprise expliquent que l'écart de 20% entre les deux devises, un euro étant aujourd'hui environ égal à 0,80 dollar est particulièrement pénalisant lorsqu'ils vendent en dollar des appareils produits en euro.
À propos de son plan Énergie 8, il s'est contenté d'indiquer qu'il sera «difficile, mais juste et équitable vis-à-vis de tous les pays participants». L'externalisation des productions en dehors des pays membres du groupe n'est en revanche pas exclue. «On verra si en ayant recours à des productions extérieures on est plus compétitif, dans ce cas nous le ferons, y compris en Asie ou avec de nouveaux partenaires en zone dollar», a déclaré, son directeur général, Fabrice Brégier.
Les syndicats n'en sauront pas plus pour l'instant. Mais, quoi qu'il en soit, Julien Talavan a prévenu que FO «n'acceptera pas de licenciements ou une quelconque régression sociale au nom de la politique monétaire décidé par le seul président de la BCE, M. Trichet» et de l'absence d'une politique industrielle européenne.