Enjeu syndical et nouvel hôpital: L'exemple de Saintes en Charentes

Presse syndicale
Article paru dans La Tribune FO Santé n°51 


Malgré une réhabilitation dans les années 70, l'hôpital St Louis de Saintes en Charente était devenu vieux, inadapté; situé en centre ville, il ne correspondait plus aux normes ni à la demande. En 1995, il est décidé de construire un nouvel hôpital dont le coût est alors estimé à 250 Millions de Frs. Pour en financer une partie, l?établissement doit passer de 400 à 350 lits et perdre de 70 à 100 emplois. Inacceptable pour FO!

Mais entre 1995 et 2003, des priorités se sont imposées: un projet de pôle mère-enfant avec 14 lits de maternité; un accueil des urgences gériatriques avec 45 lits de médico-chirurgie pour l'hôpital de jour et un plateau technique qui doit passer de 6 à 9 blocs. L'ARH est donc contrainte de ramener à 400 le nombre de lits prévu dans ce nouvel hôpital.

Déménager, muter

Outre le changement de site, d'autres changements radicaux doivent aussi être «assimilés» par les personnels dans des délais bien courts: la mise en oeuvre de la nouvelle gouvernance, des pôles, des plans urgence, périnatalité et cancer. Tout cela va de pair avec de nouvelles organisations du travail (en unités) et une véritable transformation des métiers (connaissances diversifiées). En clair, ce déménagement est synonyme de si profondes mutations à tous les niveaux qu'il devient facteur d'inquiétudes hors normes.

Les personnels craignent que la "rationalisation du travail" se traduise par une rigidification de tout le système de soins et entraîne une dégradation des conditions de prise en charge et un moindre respect des tâches et rôles de chacun.

C"est tout le nouveau schéma d'organisation qui est actuellement jugé «décalé» d'avec la réalité, comme la pratique quotidienne peut se trouver en décalage avec la théorie: le repas est un acte de soins et tous les personnels doivent être mobilisés à cet instant, mais quel service peut ou pourra jamais réaliser cet idéal?

Ces craintes se trouvent renforcées par une charge de travail accrue (cf. l'accumulation généralisée des heures supplémentaires).

Repousser ses limites

Même ce qui pourrait s'apparenter à une note d'espoir se trouve tempéré par le contexte: de nouveaux besoins en qualification pour FO, propice à la promotion sociale s'avèrent nécessaires pour les infirmières, les aides soignantes, les secrétaires médicales (chaque service sera doté d'une secrétaire médicale), etc. Tout ceci représente des perspectives de promotion interne (au bénéfice par exemple des adjoints administratifs qui assument actuellement le rôle de secrétaires médicales) même si ce n'est pas toujours évident pour certains d'accéder à ces diplômes ou concours, ou même d'engager les démarches.

Quant aux cadres, ils ont eux aussi vu leur charge de travail s'accroître avec pour conséquence de se voir reprocher d'être peu présents dans les services à cause des nombreuses réunions préparatoires pour des échéances sans cesse repoussées[1]. Pris entre des impératifs difficilement conciliables, les cadres sont stressés, épuisés, parfois démotivés.

FO représente les personnels

Dès le début, les personnels se tournent vers le syndicat (ndlr: FO est majoritaire à l'hôpital de Saintes) pour les représenter dans ce qui constitue une véritable aventure. Convaincu que dans cette entreprise de grands changements les agents avaient besoin de soutien, donc d'écoute et de réponses, FO a assumé un rôle de relais de leurs légitimes questionnements, de leurs attentes et de leurs revendications auprès de ceux qui doivent prendre des décisions. Il convenait de rendre compte des résultats des démarches entreprises, et par sa connaissance du terrain en tant que représentant des personnels, le syndicat est un interlocuteur incontournable, assumant une mission de vigilance et d?alerte. Le syndicat a mis au centre des préoccupations le respect des personnes, les conditions de travail, la défense de l'hôpital public.

F. MAHAUD: «Maintenir et même augmenter les effectifs, ne pas dégrader les conditions de travail et d'exercice professionnel, faciliter l'accès à l'ascenseur social, veiller à des plans de formation bien bâtis: tels sont les objectifs que nous nous sommes assignés en accompagnant les collègues dans ce grand bouleversement. Le centre hospitalier de Saintes est maintenant au centre d'un territoire de santé devenu très attractif, du fait qu'il bénéficiera demain de 241 emplois de plus (au lieu des 70 en moins!)»

Un autre exemple: «l'année dernière, la direction a demandé à chaque agent d'émettre 3 souhaits d'affectation par ordre de préférence. Lorsqu'une infirmière est affectée à son troisième choix,elle demande une formation interne d'adaptation à ce nouvel emploi. La prise en compte de cette demande et du problème que pose au service l'absence de cette collègue en formation, nécessite que FO suive de près le plan de formation.» Ainsi FO-Saintes a-t-il avancé des propositions d'organisation du travail,parallèlement à celles de la direction. Il s'est assuré de plans de formation cohérents face aux nécessités et a formulé des propositions sur des modalités d'accès à des formations internes (temps), à des concours «internes», etc. Le déménagement est prévu pour septembre 2007. D'ici là FO-Saintes poursuivra son action avec détermination pour faire entendre la voix des personnels.

Certes, tout n'est pas réglé, mais une chose est sûre: sans le syndicat, l'hôpital neuf n'ouvrirait pas dans les mêmes conditions. 

La date du déménagement a été reportée 4 fois pour des problèmes techniques liés au chantier, entraînant des coûts financiers énormes: des matériels déjà achetés et inutilisés, des garanties en cours, voire dépassées, etc.

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