> MARCHE OU GRÈVE

Questions de bon sens
 
Article de Gérard Mazuir, Secrétaire confédéral, paru dans FO Hebdo n°2805 
La semaine dernière, le directeur de campagne du nouveau président de la République a adressé une mise en garde aux organisations syndicales: «Je vois mal que les syndicats puissent aller contre l’avis du peuple français.» Dans son long propos*, telle la voix de son maître, l’ancien préfet, directeur de cabinet de son ministre préféré pendant cinq ans, s’est même laissé aller à une comparaison plus que douteuse: «Les syndicats ne représentent que 8% des salariés. Ce sont 85% des Français qui se sont exprimés dimanche dernier.»

Il aurait pu ajouter que sur la même base de chiffres revendiqués, les partis politiques ne représentent que 1,5% des quelque 44 millions d’électeurs et le parti qu’il soutient 0,5%. Fermez le ban! Il ne fait tout de même pas dans la dentelle!

Et pour rester dans le ton et dans le textile, on pourrait aisément lui rétorquer méchamment que les carrés Hermès ont tendance à se substituer aux bonnets phrygiens.

D’autant que les résultats d’une élection démocratique ne sont pas référendaires. Chaque promesse du candidat bien sûr n’engage que ceux qui y ont cru et il s’agit pour la Confédération Générale du Travail Force Ouvrière de donner son point de vue dans le cadre du dialogue sur tout ou partie de ce qui relève de sa compétence, tant avec l’exécutif de la République qu’avec les partenaires sociaux. Revendiquer, discuter, négocier et contracter restent bien les quatre piliers de notre démarche syndicale et si après avoir discuté on n’arrive pas à négocier, le droit de grève n’existe pas dans le préambule de la Constitution de la Ve République pour faire décoration, un droit existe pour être exercé.

Et puis dans l’histoire du monde ouvrier, la plupart des grèves ont apporté des avancées sociales significatives, ces grèves se sont exercées dans le cadre ou hors la loi. On peut aussi remarquer que l’exercice du droit de grève est devenu un droit fondamental le 27 octobre 1946, à la Libération, en réaction contre tous les interdits imposés par l’Occupation et le régime de Vichy par la loi du 4 octobre 1941, dite «Charte du travail».

Alors qu’en sera-t-il de la promesse d’instaurer un service minimum généralisé dans le service public, il est trop tôt pour le dire. Ce que l’on sait à Force Ouvrière, c’est qu’il n’est pas question de négocier un quelconque accord interprofessionnel, pas plus que de supprimer le droit de grève dans les transports publics.

* LCI, mardi 8 mai 2007.
 
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