La promotion interne

La promotion interne: un vain mot?
 

Nous avons vu que la démographie est un élément déterminant de l’évolution de notre population active pour les vingt prochaines années.

Le paradoxe qui se présente à nous est le suivant : pénuries de qualifications d’une part, et chômage élevé d’autre part. En outre, par une précarisation accentuée du travail, nous nous privons des stabilités nécessaires pour développer de hautes qualifications en négligeant les acquis de l’expérience.

Il apparaît important que les entreprises se persuadent qu’elles négligent leurs savoir faire internes et que le management de communication, pour utile qu’il soit, n’est pas un élément déterminant de leur pérennité.

Au cours de la longue période de chômage de masse que nous avons vécu, des habitudes se sont prises, de mauvaises habitudes, fondées sur l’espoir que les recrutements puissent se faire sans efforts de prospection, qu’on puisse embaucher à des conditions de diplôme et d’expérience qui soient au-delà de ce qui était strictement nécessaire avec un supplément de coût très faible. Les comportements de recrutement vont changer et l’introspection de l’entreprise devenir une condition première pour faire évoluer les définitions de postes et pourvoir les emplois disponibles.

A ce stade, il faut considérer que, face à ces risques, quatre stratégies émergent qui contiennent autant de paradoxes suivant le lieu où elles sont énoncées et celui où elles devraient trouver application.

Prolonger l’activité professionnelle vient en premier. Remarquons, tout d’abord, que les auteurs de ce principe se sont fourvoyés dans son énoncé, en brouillant le débat par l’assimilation avec le problème du financement des retraites. Toujours est-il que nous constatons que le comportement des entreprises vis-à-vis des seniors n’a pas changé. Elles font encore de leur départ précoce un facteur de réduction des coûts.

Entrer plus tôt dans la vie professionnelle vient en second. S’il est vrai que face au chômage les jeunes ont construit des stratégies d’entrées tardives dans le monde du travail, il faut admettre que les entreprises n’ont pas véritablement cherché à les séduire. Le reproche du manque d’expérience, systématiquement évoqué, n’est pas de nature à générer de l’initiative et de l’engagement chez les juniors. L’exemple de l’apprentissage est une flagrante démonstration des méthodes qui conduisent à dévaluer le postulant avant même le début du parcours.

Elever le taux d’activité vient en troisième lieu. Simple exercice arithmétique : à une diminution de la population potentiellement active doit correspondre une hausse du taux d’activité pour permettre le maintien d’un niveau équivalent de production de biens et de services. L’inconvénient est que la réserve de maind’œuvre est essentiellement féminine. Lorsque l’on voit comment la vie professionnelle des femmes est malmenée en termes de précarité et d’inégalités, s’étonnera-t-on, demain, du résultat d’autant d’iniquités ? Au surplus, l’avenir de notre protection sociale collective, et notamment nos retraites, ne trouvera de véritable solution, à long terme, que par l’élévation du taux de fécondité. Enfants ou travail ? Il vaudrait mieux que la question ne soit pas posée en ces termes.

Enfin, quatrième stratégie : le couple “ immigration- délocalisations ” est présenté comme une solution à l’insuffisance de qualifications. L’objectif consiste à jumeler plusieurs démarches que sont la lutte contre hausse des coûts, la croissance externe et la conquête de nouveaux marchés. Cette logique comporte cependant de graves inconvénients dont celui, majeur, de parsemer notre territoire de multiples plans sociaux. Au-delà, l’enchaînement conduit à faire supporter par la collectivité des charges qui seront ensuite considérées comme des freins à la compétitivité. En l’absence de véritable politique industrielle, les quinze ou vingt prochaines années, étapes nécessaires à l’intégration des PECO, seront sources, pour nos entreprises, soit de tentations de fuir, soit de handicaps dans une compétition intra-communautaire. Dans une problématique qui n’est pas très éloignée, se posent les questions d’immigration. Pour ce qui concerne les technologies de l’information et de la communication, des initiatives ont déjà été prises qui permettent de bénéficier d’un appoint de main-d’œuvre venant de l’étranger. Ceci soulève des questions difficiles portant sur la qualification, sur l’intégration des populations concernées.

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