
«Big bang» ou «big bug » à la
SNCF? À partir du 11 décembre prochain, la compagnie ferroviaire nationale va modifier 85% des horaires de circulation de ses trains en généralisant le cadencement sur son réseau. Concrètement,
si un train est à 07h12, le suivant sera à 08h12, puis 9h12, et ainsi de suite. Selon la direction de la SNCF, il s'agit d'organiser les dessertes à un rythme régulier, de façon à ce que les
trains passent dans une gare à des heures fixes. L’usager, explique la direction, va mieux s’y retrouver puisqu’il pourra mémoriser plus facilement les heures de départ et d’arrivée des trains
tout au long d’une saison.
En fait, le chamboulement annoncé pourrait avoir plus d’inconvénients que d’avantages pour une bonne partie des millions de voyageurs qui empruntent chaque jour un train. Sur les lignes de TER ou
de TGV, on ne compte plus le nombre de dessertes, dont les horaires seront modifiés de plusieurs dizaines de minutes…sans parler de celles qui seront carrément supprimées. À ce propos, France
Info a cité mardi l’exemple éloquent du changement d’horaire sur le Paris-Tours. Les usagers qui avaient l’habitude de prendre leur TGV à 6h45 seront contraints d’attendre 7h21 pour voyager,
expliquait ce matin la journaliste radio. Conséquences: avec le jeu des correspondances de TER et de bus, ils ne pourront plus être à l’heure sur leur lieu de travail. Quant à ceux qui prenaient
le Tours-Paris à la mi-journée, ils devront s’en passer, la desserte ayant été purement et simplement supprimée.
D’où le tollé des associations d’usagers et des syndicats de cheminots. Pour l’association FO des consommateurs, c’est une nouvelle régression du service public que l’on sacrifie une fois encore
sur l’autel de la rentabilité. Si la direction de la SNCF justifie ce bouleversement par le lancement de la Ligne à grande vitesse Rhin-Rhône ou la multitude de travaux prévus sur le réseau,
l’autre raison tient également à l'ouverture à la concurrence du rail imposée par l’Union européenne. C’est en effet le 11 décembre que doivent circuler les premiers trains privés de voyageurs
sur la liaison Paris et Venise sous la houlette de la société Thello de l'italien Trenitalia et du Français Veolia Transdev, rappelle FO-Cheminots. Pour la fédération syndicale, avec le
cadencement, la direction a trouvé là un moyen commode de réduire ses coûts pour faire face à cette concurrence déloyale appelée à se généraliser sur l’ensemble de ses lignes. Ce qui ne sera pas
sans conséquence sur les conditions de travail et d’emploi, voire de salaires, des agents de conduite, dénonce FO.