Force Ouvrière de Côte d'Or

Union Départementale des syndicats Force Ouvrière de Côte d'Or,2 rue Romain Rolland,Téléphone : 03 80 67 11 51, Fax : 03 80 67 01 10, E-mail : udfo21@force-ouvriere.fr, 21 000 DIJON

ENTRETIEN: « LE LIEN PROFESSIONNEL CRÉÉ EST AUSSI UN LIEN TRÈS PERSONNEL » - 020308

Publié le 2 Mars 2008 par UDFO21 in FO HEBDO

L'aide à la personne
Enquête parue dans FO Hebdo n°2835

 

FO Hebdo: «Auxiliaire de vie sociale», c’est le terme qui correspond à ta qualification professionnelle?
Chantal Hannotin: Oui, bien qu’il y ait trois appellations et trois grilles de salaires dans notre profession. En fait, il y a trois types d’auxiliaires de vie sociale (AVS): l’agent à domicile, non diplômé AVS; l’employé à domicile en cours d’accès au diplôme ou en formation de longue durée dans le cadre d’une Validation des acquis de la vie professionnelle; l’auxiliaire de vie sociale qui possède un diplôme d’État ou un brevet d’études professionnelles (BEP) sanitaires et sociales mention aide à domicile. Je précise aussi que l’AVS se retrouve dans les différents secteurs d’activité des services d’aide à la personne et de l’aide à domicile.

FO Hebdo: Si ta profession relève de trois grilles de salaires, est-ce que ça veut dire que tu es amenée à travailler pour différents employeurs dans la même journée?
C.H.: Non. Je n’ai pas trois patrons. Il ne manquerait plus que ça! Je travaille au sein d’une association régie par la loi 1901, l’ASSAD 90, établie dans le département de Belfort, le numéro 90 c’est celui du département. Dans le cadre du maintien des personnes à domicile, nous, les AVS, nous exerçons notre métier à proximité des gens et le plus souvent dans la région où nous habitons.

FO Hebdo: Cela doit en faire des kilomètres en voiture...
C.H.: Comme tu dis! Les frais de déplacement s’alignent, et nous ne sommes remboursés que sur la base de 0,43 centime d’euro par kilomètre parcouru. Je peux te dire que sur cette revendication, on n’avance pas d’un centimètre (Chantal Hannotin est une des négociatrices de la branche aide à domicile pour la Fédération FO de l’Action sociale).

FO Hebdo: Voilà qui est dit. Ton employeur, l’ASSAD 90, qu’est-ce que c’est?
C.H.: C’est l’Association des services et des soins d’aide à domicile de Belfort. Elle fait partie de l’Union nationale de l’aide, des soins et des services au domicile. L’UNA est le syndicat d’employeurs signataire de la convention du 11 mai 1983 (organismes d’aide ou de maintien à domicile), de la convention du 2 septembre 1970 (organismes de techniciens[nes] de l’intervention sociale et familiale), des accords de branche de l’aide à domicile. Voilà pour expliquer ce que je t’ai dit au début, dans notre profession nous avons trois grilles de salaires pour trois conventions collectives nationales d’affiliation possibles.

FO Hebdo: Comment es-tu devenue AVS? Par l’appel de la vocation ou as-tu suivi les sinuosités de ton chemin de vie?
C.H.: Un peu des deux, je dirai. Tu vois, j’ai cinquante-quatre ans. J’ai commencé à travailler tout de suite après mon BEP, dans l’action commerciale. Cela a duré dix ans. Ensuite je me suis mariée avec un Parisien. Puis, je l’ai suivi. Mes enfants sont nés, mon mari, de son côté, avait des horaires complètement infernaux. Alors, j’ai dû assurer tout le quotidien. Les enfants ont grandi et moi j’avais toujours gardé le goût des rencontres qui se font, des liens sociaux qui se tissent avec les au-tres. Quand on a pu revenir sur Belfort, j’ai voulu retravailler. Retour à la case départ, à chercher tout en discutant à droite et à gauche, et ma sœur m’a aidée à entrer dans l’aide à domicile.

FO Hebdo: Je présume que la qualification demandée était moindre à l’époque?
C.H.: Lorsque j’ai commencé ce travail, il y a dix-huit ans, c’était surtout de l’aide ménagère que l’on fournissait aux gens, on a bien su faire évoluer ce métier de part et d’autre.

FO Hebdo: Est-ce que ton travail et ta vie personnelle sont très liés?
C.H.: Toute la question est là, ma bonne dame! Sérieusement, je ne crois pas que l’on puisse faire ce travail en se désintéressant des gens. Et là, justement, je me sens un peu à plat parce que des personnes que j’accompagnais depuis longtemps sont mortes. Il faut que je fasse mon deuil. C’est éprouvant de perdre des êtres que l’on aidait. Le lien professionnel créé est aussi un lien très personnel. Bien sûr, nous sommes aussi formés pour affronter ces départs. Mais cela fait dix-huit ans que je fais ce métier, parfois il y a certaines difficultés à gérer ce quotidien fait de travail et de liens affectifs avec des personnes que l’on sera fatalement amené à quitter un jour.

FO Hebdo: Une petite pause peut s’imposer alors?
C.H.: Ce n’est pas si facile, car ce métier tu le fais 7 jours sur 7 et 365 jours par an. Bien sûr, nous avons nos congés, mais il y a des personnes avec qui le lien est plus proche. Cela ne s’explique pas les affinités entre les êtres humains. D’ailleurs, je crois bien que cela ne dépend jamais entièrement de nous.

FO Hebdo: Je t’entendrais bien citer Montaigne qui, pour illustrer l’amitié, di-sait: «Parce que c’était lui, parce que c’était moi»!
C.H.: Exactement, un peu de ceci, un peu de cela, c’est un petit peu de tout et c’est forcément personnel ce que l’on crée avec un autre que l’on aide à gérer sa vie de tous les jours.

FO Hebdo: Ta journée d’assistante de vie sociale commence à quelle heure?
C.H.: Par exemple, il faut intervenir à 7h30 pour un lever, suivi du petit déjeuner. Cela peut concerner une personne âgée ou une personne handicapée.

FO Hebdo: Commencer une journée de travail à 7h30, c’est tôt?
C.H.: Pas tant que ça, cela peut être 5h, si la personne nécessite des soins particuliers. Notre métier réclame une implication quotidienne. Les tâches qui sont liées à notre travail sont l’accompagnement social et un soutien du public fragilisé dans la vie quotidienne. On leur apprend à faire avec nous ce que la diminution de leurs moyens physiques les empêche d’effectuer seuls et de façon autonome. Nous les accompagnons, nous les stimulons, nous les soulageons dans la gestion au quotidien des actes de la vie. La personne dont l’auxiliaire de vie sociale va s’occuper, cela peut être une mère de famille, prendre des jeunes enfants en temps de vie. Ce n’est pas seulement aider des gens âgés, ou dépendants, à se maintenir dans le cadre familier de leur domicile.

FO Hebdo: Est-ce que cette voie professionnelle suscite beaucoup d’entrain chez les jeunes?
C.H.: Non. Lors des réunions de droit d’expression, qui sont organisées par l’association, une jeune fille nous a justement fait remarquer que notre métier attirait peu les jeunes. L’image du travail le week-end, l’impact que les horaires de travail peuvent avoir sur l’organisation de la vie privée rebutent les jeunes. Une prise de mission s’organise parfois à 5 ou 6h du matin, quand il faut préparer et accompagner une personne à des examens hospitaliers.

FO Hebdo: Les astreintes d’horaires, une grande disponibilité, une organisation rigoureuse, est-ce que tu as d’autres contraintes?
C.H.: Le travail de l’association consiste à gérer notre mission, cela n’est jamais simple au quotidien. Par exemple, le ménage chez quelqu’un peut passer après les rendez-vous de personnes plus dépendantes. La prise d’une activité doit s’organiser autour de la personne d’une façon constructive. Chacun, dans notre métier, doit savoir traiter les priorités puisque dans notre travail nous dépendons d’un secteur qui fonctionne pour des gens, et pas pour un cas en particulier.

FO Hebdo: Chantal, es-tu heureuse de ton choix de carrière?
C.H.: Ce qui m’a attirée vers ce métier c’est ce mélange de vie privée et de réalité sociale auprès des gens que nous sommes amenés à aider. Donc mon parcours est réussi. Il se termine mieux qu’il n’a commencé, au niveau de la reconnaissance du métier, puisque maintenant nous ne sommes plus des aides ménagères, qui passent le balai, mais des auxiliaires sur lesquelles les gens que nous aidons peuvent compter.

Propos recueillis par Mireille Le Trouher
 
undefined
Commenter cet article